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LE SOUDAN À VÉLO: UNE BELLE AVENTURE

LE SOUDAN À VÉLO: UNE BELLE AVENTURE

SOUDAN, LE PAYS DE L’HOSPITALITÉ

“Sadiqa, sadiqa, tamam???” (“mon amie mon amie, ça va???”)

Le Soudan est un pays qui me restera dans le coeur.
On croit à tort en Europe que le Soudan est dangereux: pays en guerre, pays de terroristes, tu vas te faire kidnapper… eh bien non! Renseignez vous s’il vous plait avant de parler d’un pays où vous n’avez même pas mis les pieds!!! Les médias font beaucoup de mal et ne parlent que d’atrocités alors on pense Soudan=la crise du Darfour, la guerre civile, la guerre au Soudan du Sud…

Depuis 2011, le Soudan est séparé de son voisin le Soudan du Sud, où les conflits persistent. Certes, les zones du Darfour et du Kordofan (frontières avec le Tchad et le Soudan du Sud, régions Ouest et Sud-ouest) sont encore sensibles, mais le Soudan est très grand! Alors ne pas tout confondre, la grande majorité du pays est sûr.

Tout le monde et surtout les cyclistes ayant voyagé au Soudan seront d’accord avec moi: le meilleur du Soudan ce sont ses habitants!!! Tu vas souvent entendre “sadiq, tamam?” (ça va mon ami?) avec un grand sourire ou un grand geste de la main! Les Soudanais ont le coeur sur la main et font de l’hospitalité une priorité. Chez les pauvres comme chez les riches, en ville ou dans le désert, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous ouvrir les portes de sa maison. C’est incroyable!!!
Dans les lieux publiques, ils commencent facilement la conversation par gentillesse et par curiosité et pour que tu te sentes à l’aise. Si une personne parle bien anglais, elle fera même la traduction pour les autres!

Malgré la chaleur, les piqûres de moustiques et autres insectes et le manque d’eau, mon expérience en vélo au Soudan sera inoubliable.

Gentillesse des Soudanais

QUELQUES DONNÉES

Population: 36 millions d’habitants
Superficie: 1 886 068 km2, le 3e plus grand pays d’Afrique (après l’Algérie et le Congo RDC), le plus grand pays avant l’indépendance du Soudan du Sud en 2011.
Religion: islam
Langue: arabe
Monnaie: la livre soudanaise

mosquée à Gedaref

L’IMAGE QUE J’AI DU SOUDAN AVANT DE M’Y RENDRE

Malgré la pression de certains proches, amis ou famille, je ne suis pas inquiète et je sais que tout va bien se passer. J’appréhende la traversée du désert, surtout seule, et imagine les quelques villages poussiéreux et pauvres, sans eau ni nourriture.
J’ai hâte de rencontrer ses habitants qui sont connus pour leur grande hospitalité et générosité. Mais le Soudan est aussi le pays des pyramides, il y en a plus que dans n’importe quel pays! Je suis curieuse de les découvrir!!!

DES PYRAMIDES AU MILIEU DU DÉSERT

Les plus connues sont celles de Méroe, et elles recoivent à peine quelques touristes par jour. Les locaux ne s’y interessent guère non plus. Dommage, car elles sont magnifiques et grandioses. C’est d’ailleurs la plus grande concentration de pyramides au monde! Certes, elles ne sont pas aussi hautes que celles de Giza en Égypte, mais le fait d’avoir le site pour toi même sans la foule de touristes et sans les autocars, c’est quand même un grand avantage! On a l’impression d’être un explorateur qui découvre pour la première fois les lieux!!!
Davantage de photos dans l’article de mon itinéraire.

Outre les pyramides de Meroe, il existe au Soudan plus de pyramides que dans n’importe quel autre pays!!! Il y en a près de 250!!! On peut facilement visiter celles du Jebel Barkal et de Nuri, près de Karima. J’y suis même allée en vélo! Et puis il y a aussi des temples, en mauvais état de conservation malheureusement par le manque de fonds et le manque d’intérêt touristique: à Soleb, Sesi, Sedinga, et puis les impressionantes ruines de Dongola (Nord du Soudan).

Pyramides de Meroe
Vue sur les pyramides de Meroe
Pyramides de Méroe
temple de Soleb
Chateau de Al Kandaq

OÙ ET QUOI MANGER?

Au Soudan le plat national est le “foul”, haricots rouges servis avec du pain plat et rond. On en mange tout le temps et le trouve partout! La viande grillée ou en sauce est aussi commune, mais plus chère: mouton, vache et surtout dromadaire! Les soudanais en raffolent! Dans les familles, il est d’habitude de manger dans le même plat, toujours avec sa main droite, les femmes séparées des hommes.
Il est très facile de trouver des restaurants locaux, souvent de simples cabanes ou stands installées au bord de la route avec des tables dehors. On en trouve tous les 30 à 40km sauf sur les routes désertiques (de Wadi Halfa a Akasha et de Karima a Atbara). Dans les villes, on trouve des restaurants à l’air libre, où les tables sont installées sur des places ou sur les trottoirs.
Le thé est une tradition aussi au Soudan et se trouve absolument partout! Sur le bord de la route, sur les trottoirs en ville, dans tous les villages… servi par les femmes. Toujours. Ce sont d’ailleurs souvent des femmes seules, veuves ou dont le mari ne travaille pas.

le “foul” soudanais
petit bouiboui local

HEBERGEMENT

Il est très facile au Soudan de loger chez l’habitant. Les gens sont très accueillants et dès que tu arrives dans un village, une famille se fera automatiquement responsable de toi! Je n’ai même pas à planter la tente, car ils se débrouillent toujours pour me donner un lit. Les maisons au Soudan sont très grandes, et composées de plusieurs petits bâtiments aux murs en terre, où la cuisine et les chambres sont séparées du reste, et repartis autour d’une ou plusieurs cours où il est possible et même agréable d’installer son lit la nuit pour dormir à la fraiche. Le hammam (salle de bain) est souvent au fond de la cour avec des baquets d’eau pour se doucher. Les toilettes, à côté du hammam, un simple trou dans la terre.
Camper dans le désert est sûr, même à la vue des voitures car parfois ce n’est pas possible de pousser le vélo chargé trop loin de la route en raison du sable.
Dans toutes les villes moyennes il existe des “lokhanda”, hotels où les chambres sont grandes avec des lits type dortoir, partagées avec plusieurs voyageurs. Comme je suis une femme, ça pose parfois des problèmes car en général, seuls les hommes voyagent, et au Soudan, hommes et femmes ne peuvent pas dormir ensemble dans le même espace…
Souvent les lits finissent dehors, dans la cour, pour dormir au frais! Ces hotels sont très économiques, à peine 2 euros. Les hotels avec chambres individuelles sont un peu plus chers mais toujours raisonnables.

Nuit chez l’habitant
Nuit dans le désert Soudan

CHANGER DE L’ARGENT ET MARCHÉ NOIR

Toujours changer de l’argent au marché noir, le taux est beaucoup plus intéressant. Il est facile de changer des dollars, les euros beaucoup moins. A Wadi Halfa, des changeurs attendent à la sortie du port à l’arrivée du bâteau. A Khartoum, demander aux arrivées à l’aéroport, ou près de la mosquée dans le centre ville. En général, il est facile de changer dans les hotels, ou dans les marchés chez les vendeurs de bijoux ou d’or.
avril 2017 : 1 USD = 18 SDP au marché noir, mais ça augmente régulièrement, se renseigner auprès de plusieurs personnes avant de traverser la frontière.

VISA ET S’ENREGISTER

Pour entrer au Soudan, il faut être munis d’un visa. Pas de visa délivré aux frontières terrestres, ni à l’arrivée à l’aéroport. Il faut le solliciter dans une ambassade du Soudan. Le plus facile est de se rendre à celle d’Assouan en Égypte. Voir l’article à ce propos.L’enregistrement ou “registration” en anglais est obligatoire à l’arrivée sur le territoire Soudanais. Je le fais seulement à Khartoum, après avoir passé plus d’un mois dans le pays. Cette formalité est payante et obligatoire (environ 30 euros à payer en pounds soudanais). Un autre timbre est collé sur le passeport pour la vérification à la sortie du pays. Je fais l’enregistrement dans les bureaux d’immigration à Khartoum, à l’aéroport car je trouve plus facilement et les gens à l’aéroport parlent anglais. Mais il est aussi possible de le faire à Dongola ou à Karima.

ITINÉRAIRE:

Je décide de suivre le Nil de Wadi Halfa à Karima en passant par les ruines de Old Dongola et la magnifique route de El Kurro. De Karima, je coupe par la route dans le désert à Atbara, la piste suivant le Nil plus au Nord n’étant pas en état.
Si tu n’es pas particulièrement pressé, je te conseille de passer par Karima et Atbara pour descendre vers Khartoum. J’ai beaucoup aimé la visite de Karima, du Jebel Barkal et des pyramides aux alentours de la ville. La route de Karima à Atbara au milieu du désert est magnifique, et, en descendant d’Atbara, tu peux visiter les pyramides de Méroe!
Même si je ne doute pas que la route qui coupe directement près de Al Dabbah soit aussi sauvage et jolie.

route au milieu du désert entre Karima et Atbara

FEMME SEULE

En tant que femme seule, j’ai parfois eu du mal à trouver un hébergement. Les hotels locaux, appelés “lokanda” sont en fait de grands dortoirs où les gens dorment ensemble sur des lits individuels. Ça pose problème assez souvent, car les voyageurs sont seulement des hommes. En insitant, j’arrive à me faire une petite place entre les hommes, mais je dois aussi parfois payer un peu plus cher pour avoir une chambre seule. Dans certains endroits, il existe une partie pour les femmes et une autre pour les hommes, comme à Wadi Halfa par exemple.

Les femmes ne peuvent pas camper à l’aire libre. J’étais sur le point de m’installer, dans le désert dans un endroit tranquille, quand une voiture de police qui me surveillait, s’arrête et décide de m’embarquer. Je comprends que je ne peux pas camper. Je poursuis donc mon chemin en vélo et cette nuit là je dors dans un village.

Sinon, je ne rencontre pas de problème particulier pour être une femme seule en vélo et je me sens en totale sécurité! Je peux même laisser mon vélo et je sais que personne n’y touchera! Les gens sont très sympas, et les hommes respectueux. Il est facile de parler avec eux. Certains sont même admiratifs et très surpris. Dans le désert, une voiture s’arrête devant moi et deux hommes commencent à me prendre en photo, à mon passage ils crient “oh!!! and you are a woman!!!”, surpris de voir une femme sur un vélo au milieu de nulle part!

La question “where is your husband?” revient quand même à chaque rencontré: dans chaque village, chaque famille, c’est toujours la 1ère question que l’on me pose. Les soudanais ne comprennent pas “pourquoi tu n’as pas de mari”. (ou pourquoi tu n’en veux pas!) Bref, je simplifie parfois les explications par “il travaille, il est à Khartoum”, et là mes interlocuteurs semblent être soulagés!

nuit dans une lokhanda

DRESS CODE

Le port du voile n’est pas obligatoire pour les non musulmanes.
Je porte une chemise à manches longues, ample et longue, qui dépasse un peu sur mon pantalon. Le port de la jupe longue serait plus à proprié mais en vélo ce n’est pas envisageable. Je n’ai pas de problème et je suis tout à fait à l’aise avec ma tenue vestimentaire, même dans les villages reculés.

Rencontres en chemin

L’EAU

L’eau est disponible dans tous les villages et sur le bord de nombreuses routes, laissée dans de grandes jarres avec précaution à l’ombre de petits abris. Mais l’eau est souvent directement pompée du Nil, donc marron et non potable… Il convient de la filtrer et de la purifier avant de la boire.
Attention, les pastilles type “micropur” ne suffisent pas surtout contre les parasites…
Pour les routes dans le désert: de Al Dabbah à Khartoum ou de Karima à Atbara, il convient d’emporter l’eau nécessaire pour tout le trajet!

eau disponible dans les restaurants locaux

ÉTATS DES ROUTES ET DANGERS

Les routes principales au Soudan sont toutes goudronnées, il est possible de traverser tout le pays uniquement sur du goudron! Elles sont souvent très droites et longues, parfois ennuyeuses… Une chose surprenante et pas très agréable surtout en vélo, c’est la quantité d’animaux morts laissés sur le bord des routes, surement abandonnés par les camions de bétails… On en trouve par dizaines.

Je décide de prendre quelques routes secondaires en mauvais état pour visiter certains sites, et je dois parfois pousser dans le sable. Je dois rebrousser chemin aussi une fois sur la route qui mène au temple de Naqa, car je m’enfonce dans le sable…

En vélo, la plupart des routes sont tranquilles et peu transitée, sauf entre plusieurs grandes villes: Atbara-Khartoum-Wad Madani serait l’axe le plus dangereux. En effet, il y a de nombreux camions en provenance de Port Soudan sur la mer rouge qui approvisionnent les grandes villes. La route est étroite et pas de bas-côté pour se ranger lorsqu’un camion décide de dépasser… Les cyclistes n’existent pas pour eux et ils pourraient nous écraser comme des mouches. Il faut parfois s’arrêter pour les laisser passer. Certains klaxonnent mais pas tous. J’ai failli mourir plusieurs fois sur la route de Khartoum à Wad Madani…

Route près de Khartoum

SAISON

L’hiver, de novembre à mars, est la meilleure période pour pédaler au Soudan, avec des températures agréables, de 25 à 30 degrés la journée, 20-25 degrés la nuit.
A partir d’avril, les températures montent et peuvent atteindre 50 degrés en pleine journée et baissent à peine la nuit, entre 35 et 40 degrés…
Je pédale les dernières semaines au Soudan, début avril, dans une chaleur écrasante et suffocante, j’ai l’impression d’être dans un four. Je m’arrête de longues heures dans les petits bouibouis qui sont généralement équipés de lits pour pouvoir s’allonger et se reposer. Je repars vers 17h pour pédaler quelques heures jusqu’au coucher du soleil, même s’il fait encore très chaud…

CONDITION D’HYGIÈNE

Que ce soit dans les hotels locaux ou chez l’habitant, les conditions d’hygiène sont souvent déplorables malheureusement. Surtout quand on voyage avec un petit budget. Faire attention et toujours éviter le contact avec draps et matelas sales ou douteux qui pourraient loger puces et punaises de lit. Utiliser le matelas gonflable SUR le lit par exemple pour éviter d’être piqué. Laver régulièrement son sac de couchage et désinfecter son matelas gonflable. La même chose chez l’habitant. Éviter aussi le contact avec les animaux qui déhambulent souvent dans les maisons et huttes. Ils pourraient avoir des puces ou autres insectes, et leurs fèces peuvent être vecteurs de maladie.
Les toilettes sont souvent de simples trous dans le sol, rarement nettoyées laissant place à de fortes odeurs.

LE SOUDAN EN VÉLO: CONSEILS!

– Vent fort direction Nord Sud, mieux vaut alors aller dans la même direction!
– Éviter la saison des grosses chaleurs, c’est à dire à partir de début avril jusqu’à fin octobre
– Éviter l’époque des moucherons: février/mars de Abri à Dongola! Sinon, acheter une bonne moustiquaire pour le visage
– Toujours faire le plein d’eau dès que possible et la filtrer!!!
– Toujours avoir de la nourriture avec soi, même si on traverse une zone avec des villages, certaines boutiques ne sont pas très bien aprovisionnées
– Ne pas relacher l’attention sur les routes entre les principales villes où les camions dépassent sans faire attention aux cyclistes
– Tente indispensable, même si on est souvent invité chez les habitants, une tente donne plus de flexibilité
– Attention aux serpents et scorpions surtout dans le sable
– Se procurer une carte sim avec internet si on veut être en contact avec ses proches, car le wifi est rare. Réseau très mauvais dans le nord du pays (2G) jusqu’à Dongola. Assez correct ensuite.
– Passer du temps dans les villages et se laisser inviter par les gens, c’est aussi comme ça que l’on connait un pays!
– Apprendre quelques mots d’arabe, c’est toujours plus intéressant!

Salut Salam alekum
Salut (respuesta) Alekum salam
Comment ça va? Tamam?
Bien! Tamam
Merci Shukran
Thé Chai
Sucre Sukhari (sin azúcar bila sukhari)
Un peu shuaya
Dromadaire Jamel
Vache Bergera
Vélo Ayala
Oui haywa
Non Lala
Ami/amie sadiq/sadiqa

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