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LE LAC TURKANA À VÉLO

LE LAC TURKANA À VÉLO

Je décide d’écrire cet article pour aider d’autres cyclistes qui pourraient être interessés par cette zone du Kenya. Je traverse l’Afrique du Caire au Cap et je choisis de traverser le Kenya par le Turkana, zone peu visitée et lointaine. J’aime justement ça, les endroits où personne ne va. De plus, cette frontière avec l’Ethiopie n’est pas officielle.
Je ne trouve pas ou peu d’info sur internet, juste quelques cyclistes sur Instagram qui me donnent alors de précieux conseils.

Ne doute pas à me contacter si tu as besoin de plus d’info! Tu peux me laisser un message sur FB ou Instagram.

Passer en vélo par les villages Turkana fut pour moi une expérience extra-ordinaire et représenta même un défi! En effet, je ne suis pas une cycliste experte ni trop en forme…
Il a fallu que je pousse mon vélo chargé plusieurs fois par jour sur les pistes ensablées, sous un soleil de plomb, au milieu de villages oubliés…
Les Turkanas sont des gens pauvres mais accueillants. Pédaler par ici fut gratifiant et très stimulant!

Chemin de sable du lac Turkana

LE CLIMAT

Le Turkana est une des zones les plus arides du Kenya: tout est sec et poussiéreux, et même pendant la saison des pluies, il pleut très peu. Le lit des rivières est rempli de sable, pas besoin de pont pour les traverser… Il fait chaud, très chaud et le soleil en pleine journée est brulant! Le vent qui se lève le soir rafraichit les nuits.

ETAT DE LA ROUTE

Ici pas de route… seulement des pistes ensablées, irrégulières, du graviers et même quelques gros cailloux de temps en temps… parfois tout en même temps. Interessant quand on est à vélo, n’est-ce-pas?
C’est aussi pour ça que (presque) personne ne s’aventure dans cette région reculée.
J’allais à une vitesse de 10km/h en moyenne, je n’étais pas vraiment habituée aux chemins non goudronnés et pas super entrainée non plus alors j’ai du pousser près de 10 fois par jour pas sur de longues distances, quelques centaines de mètres mais c’était déjà beaucoup!

Attention après le passage de la frontière avec l’Ethiopie, il n’y a aucun panneau, et la piste, au milieu de nulle part, se sépare plusieurs fois: l’une d’elle mène au Soudan du Sud, c’est pas une blague… alors regarde ta carte ou oriente toi au soleil pour être sur d’aller dans la bonne direction.

La bonne nouvelle est que le terrain est plat! Pas de dénivelé! Au moins jusqu’à Kalokol ou le chemin monte un peu jusqu’à Lodwar.

piste totalement ensablée!

PASSAGE DE LA FRONTIÈRE ET VISA

La frontière du lac Turkana entre l’Ethiopie et le Kenya n’est pas officielle! Il est quand même possible d’y passer.

Du coté éthiopien, la douane et le controle du passeport se font à Omorate, 26km avant la frontière.
Le bureau d’immigration se trouve à l’entrée du village. Je remplis le papier des douanes et ils tamponnent mon passeport de la date de sortie du territoire. Je peux donc partir vers le Kenya. Depuis Omorate, je traverse le fleuve Omo qui donne son nom à toute la vallée. La route est goudronnée jusqu’à la frontière géographique, même si je ne croise aucune voiture. Les derniers villages en petites maisons de taule à moitié rouillées se font de plus en plus rares. Il en est de même pour la végétation… Quelques enfants me demandent de l’eau en chemin.

village près d’Omorate
village près d’Omorate
arbre solitaire près de la frontière

Après avoir lutté contre le vent, j’arrive à la “frontière”, un vieux batiment délabré, au milieu du désert. Un soldat vérifie mon passeport puis me laisse passer. Après ce batiment, je ne trouve plus rien, une zone aride, désertique, poussiéreuse… plus personne, plus une voiture, plus une maison, plus un arbre, plus un buisson… le “no man’s land”!!!
Je ne trouve même pas un panneau… juste une piste un peu ensablée où je peine à pédaler… et puis, la piste se sépare en deux puis encore en deux… je me trouve ici à la croisée des pistes entre l’Éthiopie, le Kenya et le Soudan du Sud. Les 3 pays ne sont d’ailleurs pas d’accord sur la délimitation exacte de ces frontières! Il faut faire attention car prendre une mauvaise direction pourrait me mener à Juba, au Soudan du Sud!!!
Je regarde régulièrement mon chemin et m’oriente avec le soleil couchant pour m’assurer que je suis dans la bonne direction!

En chemin vers la frontière du Kenya, le batiment au loin est le poste frontalier éthiopien que je viens de passer…
au milieu de nulle part, entre l’Ethiopie et le Kenya

Quelques kilomètres plus loin, je distingue de grandes tentes et je peux déjà voir aussi 3 hommes qui se dirigent vers moi à pied. Je suppose alors que je suis au Kenya… Je suis un peu anxieuse car je n’ai pas de visa, obligatoire au Kenya, et ceci n’est pas une frontière officielle! Je ne suis pas censée arriver par là et je ne suis pas sure non plus de pouvoir passer. De toute façon, je n’ai pas de visa pour retourner en Ethiopie non plus alors, je dois entrer!

Alors que je m’approche, je me rends compte que les 3 hommes sont des soldats. Ils me sourient, et me saluent gentillement “Karibu” (bienvenue!). Ouf, la tension redescend, au moins pour un instant. Ils m’emmènent au chef, dans un petit bloc de maisons en désordre. Il vérifie mon passeport, note le numéro sur un registre, me pose quelques questions sur les détails de mon périple, ce n’est pas souvent qu’il voit une fille seule à vélo! Il est stupéfait et semble impressionné; il ne me parle même pas du visa…. Il me prévient ensuite des potentiels risques en tant que cyclovoyageuse dans certaines régions du Kenya (de Lokichar à Kitale). Ensuite je n’ai même pas eu à demander qu’il me montre la salle de bain, un endroit pour planter ma tente et son collègue-cuisinier tue même quelques poulets pour diner!

1er village au Kenya mais peuplé d’Ethiopiens
Village Ethiopien en territoire kenyan
Coucher du soleil au Kenya

VISA POUR LE KENYA

Je pensais faire la demande du visa pour le Kenya sur le site web du département d’immigration. Mais la page était tellement lente que je n’ai pas pu le faire.
Je suis un peu dubitative le jour de mon entrée au Kenya et surtout lors du passage à cette frontière non officielle que les voyageurs ne sont pas censés emprunter. Je sais juste que quelques cyclistes sont déjà passés par là sans problème…
Je passe moi aussi la frontière sans encombres, et les militaires qui surveillent la frontière m’indiquent le bureau d’immigration de la ville de Eldoret. Ce n’est pas très loin et comme ça, ça m’évite d’aller dans la cahotique capitale Nairobi pour faire cette même sollicitude.

A Eldoret, c’est plus facile que ce que j’imaginais. Au bureau appelé “works office” dans la rue Oloo, derrière le grand hotel Sirikwa, près de l’ancienne gare ferroviaire (après avoir passé les rails). Je paie le prix normal du visa, 50 usd et il tamponne mon passeport à la date du jour en écrivant à la main la date réelle d’entrée sur le territoire kenyan. Aucun problème! Ce bureau ouvre de 8h à 17h de lundi à vendredi.

L’EAU

Les habitants des villages turkanas ont accès à l’eau, mais ils ont souvent à marcher des kilomètres. Des ONG ont construit des puits dans de nombreux villages mais elle n’est pas potable et ce n’est pas sûr de la boire à moins de la filtrer correctement. Emporte une bonne reserve d’eau pour cette zone aride où l’accès à l’eau est limité. Sauf si tu as un filtre. Remplis dès que possible: à la frontière avec les militaires, dans les missions catholiques, dans les boutiques locales des villages les plus importants (Lowareng’ak, Nachukui, Katiko, Kalokol).

enfants au puit, Lodwar
Vie au village, près du puit – Turkana

LA NOURRITURE

Il n’y a pas à manger partout dans cette zone. Quand je m’arrête dans un village et demande un endroit où je pourrais manger, les gens me répondent “hakuna chakula” (rien à manger!).
Même pas le plat de base l’ougali qu’on sert partout en Afrique de l’Est…
Je trouve cependant de petits bouis-bouis dans les villages les plus grands comme Lowareng’ak, Nachukui, Katiko et de la nourriture dans les quelques missions catholiques en chemin.
Si tu as un réchaud, tu peux trouver aussi des pates et aliments de base dans les minuscules boutiques des villages. Le stock étant très limité, ne pas hésiter à se charger de quelques provisions!
Les villages sont près du lac mais ils n’utilisent pas l’eau, trop salée. Et le poisson est généralement séché.
Dans cette zone, il est difficile de trouver un endroit avec un réfrigerateur (mmmh le bon coca bouillant…!) et il n’y a pas non plus d’électricité. Seuls quelques panneaux solaires sont installés sur le toit de certaines boutiques, ou des petites écoles, pour permettre aux écoliers d’étudier le soir après le coucher du soleil.

boutique à Lowareng’ak
boutique

OÙ DORMIR

Je n’ai pas campé dans la brousse car de gros tâons m’ont piquée dans le sud de l’Ethiopie et mes piqûres ont commencé à s’infecter alors j’ai absolument besoin de les laver et les désinfecter matin et soir. Mais il est possible de camper près de la frontière, entre les villages ou dans les villages.

J’ai donc planté ma tente chez les policiers la 1e nuit après avoir passé la frontière à Todenyang et dans les missions catholiques à Nariokotome et Kataboi. La 1ère était assez interessée, c’est dommage. Pas d’option pour camper mais il me faut plutot payer la chambre si je veux rester. J’y trouve quand même de la nourriture, de l’eau potable et une bonne douche. La mission de Kataboi en revanche est plus simple et les frères ne courent pas du tout après ton argent. Ils m’offrent le repas, un endroit pour camper avec douche et toilettes et de l’eau potable! Je laisse évidemment une donation!

Campement chez les frères de Kataboi
Mission de Kataboi

LES TURKANAS ET LA SÉCURITÉ

Le peuple Turkana est parfois connu à cause des tensions entre les villages. Cela est dû au manque de ressources, eau et nourriture, dans cette zone aride. Certaines personnes me préviennent de heurts possibles et fréquents dans cette région reculée. En effet, les hommes turkanas sont souvent armés pour défendre leur bétail et parfois, des tirs se produisent.
Je ne vois personne porter une arme, pas comme en Ethiopie où les bergers sont armés pour dissuader les voleurs de bétail de s’approcher. De toute façon, usage des armes ou pas, les turkanas tout comme les éthiopiens n’utiliseraient jamais leurs armes contre une cyclotouriste! Les turkanas sont même des gens discrets mais sympathiques quand on arrive à engager la conversation. Je ne me suis jamais sentie en insécurité.

Ici, oublie les enfants agressifs et mendiants d’Éthiopie! Parfois il est vrai qu’une personne demande “une petite aide” pour manger bien souvent. Les gens ici sont très surpris de voir une “mzungu” (“hommme blanc”) passer par ici, surtout une femme et… à vélo!!! Les seuls blancs qui passent “régulièrement” sont des coopérants d’ONG qui ont des projets dans la région. Mais ils sont dans leur 4×4 et ne s’arrêtent pas dans tous les villages non plus!

La langue natale parlée dans les villages ici est le Turkana, d’origine Nilotique. Au Kenya, le niveau d’anglais est très bon, voir excellent, sur l’ensemble du territoire, même au Turkana. Il est enseigné à l’école avec le Swahili. Mais le Swahili reste la 3e langue après l’anglais dans cette région car a priori il serait plus facile à apprendre pour les Turkanas.
La plupart des enfants vont à l’école, même si certains garçons gardent le bétail de temps en temps… et les filles, moins chanceuses, arrêtent en géneral plus jeunes pour aider à la maison. Tous sont très polis et me saluent vivement à mon passage “hello!!!”

Mariage Turkana
Village Turkana

Femme Turkana

CONSEILS

– Emporte des réserves: eau, nourriture et snacks en partant d’Omorate, car le prochain grand village avec un marché et des magasins est Kalokol, juste avant Lodwar

– il y a BEAUCOUP de moustiques et moucherons du à la proximité du lac, prévois en conséquence (manches longues et produit anti-moustiques)

– essaie de trouver des shellings kenyans avant de traverser la frontière. C’est pas forcement facile mais j’ai la chance de rencontrer un businessman à Omorate qui me change mes derniers birrs éthiopiens en monnaie kenyane. Sinon, tu peux toujours utiliser des dollars en petites coupures mais ce n’est pas l’idéal et ils ne sont pas acceptés partout.

– protège toi autant que possible du soleil et de la chaleur…

– prends du temps pour parler avec les Turkanas. L’échange est très interessant et ils ne voient pas des cyclistes tous les jours. Je m’arrête beaucoup, le temps de prendre un thé ou de me reposer, surtout aux heures de grosses chaleurs. C’est d’ailleurs en parlant à un homme en prenant un thé que je suis invitée à un mariage! Quelle surprise!

– la majorité des villages se trouve près du lac mais pas sur les rives directement; ils sont généralement séparés par un petit chemin ensablé de quelques kilomètres. Si tu veux voir le lever du soleil sur le lac, le meilleur endroit est peut être Kalokol! C’est très tranquille et on y observe plusieurs espèces d’oiseaux dont la Spatule d’Afrique et le Tantale ibis

– ne prends pas de photo sans demander: ça me semble logique mais on ne sait jamais. D’autant plus qu’ici, les gens ne sont pas très habitués aux touristes. Il n’y a généralement aucun problème.

Voilà mon itinéraire à titre indicatif

28 Novembre 2017.
Omorate Ethiopie – Poste de police de Todenyang – 40km

Route en bon état et goudronnée jusqu’au “poste” frontalier d’Ethiopie. Après je pédale au milieu de nulle part, sur une piste ensablé au milieu du désert.
Vent de face
Aucun panneau par ici!
Derniers enfants éthiopiens “mendiants” juste après la frontière, en limite de territoire kenyan. Ils me suivent sur quelques centaines de mètres juste là ou je dois pousser le vélo…
Aucun endroit pour acheter eau ou nourriture, fais des provisions!
Nuit au campement de la police aux frontières, diner et douche!

le “no man’s land” de la frontière

29 Novembre 2017
Poste de police de Todenyang – Lowareng’ak – Nariokotome 58km

Piste avec sable, graviers et cailloux plus ou moins gros… beaucoup de sable avant d’arriver à Lowareng’ak. Dans ce village, il y a un restaurant et une boutique avec quelques snacks, de l’eau minérale et des sodas chauds évidemment, il n’y a pas de réfrigérateur!
Nuit à la mission catholique de Nariokotome

vue du lac Turkana
un camion en guise de transport public!

30 Novembre 2017
Nariokotome – Kataboi 57km

Pas de changement pour l’état de la route
Sin cambio en la carretera
Boissons et nourriture à Nachukui et Katiko, sinon de petites boutiques
Ce jour là, je suis invitée à un mariage après avoir discuté avec un homme en prenant le thé dans le village de Nachukui. La célébration a lieu dans le village d’à coté, à 3km d’une piste impraticable… je pousse le vélo tout le long mais ça vaut le coup! Les mariages dans cette zone reculée durent 7 jours et j’arrive le 2e jour, quand la famille proche prépare encore la mariée pour la céremonie. La famille et les amis attendent en dansant et chantant.
Nuit dans la mission catholique de Kataboi, je campe, dine et petit déjeune. (Donation, ce que tu veux et peux laisser)

Mariage turkana

Les hommes – mariage Turkana

enfants Turkana

1er Décembre 2017
Kataboi – Kalokol 30km

Route dans un état pitoyable encore une fois… un grand lit de rivière ensablé à traverser juste avant d’arriver à Kalokol
Marché et quelques boutiques à Kalokol
Nuit dans le Turkana Guest House Kalokol (chambre 500 kes)

selfie mode Turkana
je ne suis pas la seule à pousser le vélo…
Turkana GH à Kalokol
Kalokol
marché de Kalokol

2 Décembre 2017
Kalokol – Lodwar 73km

Ici, la route s’améliore légèrement: moins de sable, quelques traces de goudrons, jusqu’à un petit passage de quelques kilomètres goudronné! Pas de village dans cette zone désertique, rien.
Camping à Nawoitorong Lodge, Lodwar (camping 400 kes), tenu par des femmes qui sont à la tête d’un programme d’aide à l’initiative des femmes. Il y a aussi un petit restaurant qui offre des plats simples mais délicieux.

Lever de soleil sur le lac Turkana – Kalokol
avifaune à Kalokol
en chemin à Lodwar
Route entre Kalokol et Lodwar
le “Corcovado” de Lodwar

VOYAGE AUX ILES COOK