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UNE RANDONNÉE TERRIFIANTE : LE CRATÈRE DU VOLCAN SANTIAGUITO

UNE RANDONNÉE TERRIFIANTE : LE CRATÈRE DU VOLCAN SANTIAGUITO

Je te laisse la vidéo de l’expédition au cratère du volcan actif Santiaguito.

Le volcan Santiaguito (2550m) au Guatemala est associé au volcan Santa María (3772m) car les différents domes se sont formés à partir de la même chambre magmatique (“reservoir de magma”). Le volcan Santa Maria est l’un des plus actifs au monde. L’érutpion de 1902, qui est d’ailleurs à l’origine de la création en 1922 du Santiaguito, fut une des plus importantes du 20e siècle, expulsant des colonnes de cendres à plus de 30km d’altitude, et retombant même jusqu’en Californie! L’éruption de 1922 est acuellement encore en cours; le Santiaguito rejette d’impressionnantes nuées ardentes, composées de gaz, de débris rocheux et de cendres plusieurs fois par jour! Le volcan Santiaguito est lui-même formé de 4 domes, dont l’activité est maintenant concentrée sur le dome appelé Caliente.

Le Santiaguito est un volcan dit “de subduction” provoquée par le mouvement des plaques tectoniques: la plaque océanique des Cocos, de densité plus importante s’enfonce sous la plaque continentale des Caraïbes. C’est un volcan appelé aussi volcan gris ou explosif (à la différence des volcans rouges, ou effusifs) faisant partie de la ceinture de feu du Pacifique. Il est caractérisé par de fortes explosions créant de gigantesques nuages de cendres et débris rocheux. Ce type de volcan provoque aussi parfois des lahars: coulées de boue dévastatrices pour les villages des alentours. Ses éruptions sont donc plus spectaculaires, mais aussi plus dangereuses car difficilement prévisibles.

J’ai l’occasion de partir vivre au Guatemala durant 6 mois, comme guide de rando volontaire! Passionnée par les volcans actifs, je cherche par tous les moyens de pouvoir m’approcher et je fais la connaissance de plusieurs personnes qui pourront me guider au plus près du dome éruptif! Une expérience extraordinaire, mais aussi extremement dangereuse. Les risques d’être attrapée dans un nuage de gaz toxiques ou d’être mortellement touchée par des débris rocheux ardents sont élevés.

Je suis consciente des risques, j’aime aussi vivre intensément!

Avec mes amis guides nous organisons l’expédition les 5 et 6 mai 2016, avec une nuit sur place. L’un d’eux, Austin, connait le sentier. Sachant qu’une éruption majeure avec des panaches de cendres de plus de 5km d’altitude se produit le 17 juin 2016, nous pouvons dire que nous avons eu de la chance.

Le sentier n’est pas balisé et son accès y est interdit en raison des dangers! Il est envahit par les broussailles au début et continue dans la forêt. Puis à l’arrivée aux pieds du 1e dome, il reste à franchir les pentes du volcan. Les difficultés sont plusieurs: risque de se perdre dans les broussailles ou dans la forêt, ascension des pentes des domes très compliquée car très escarpées, le terrain est très glissant, principalement composé de terre et roches volcaniques instables. De plus, nos sacs à dos sont bien chargés car nous portons toute l’eau, les denrées alimentaires et le matériel de camping. L’aventure extrême!

Je n’ai pas dormi de la nuit. Nous partons tot le matin, d’abord en pick up jusqu’au point de départ de la marche. Puis nous empruntons le même sentier qu’avec nos clients pour aller au point de vue du volcan. C’est la que ça se complique. Le sentier descend dans de hautes herbes aux feuilles effilées. Je suis en manches courtes évidemment et commence à sentir la douleur des coupures sur mes bras. Puis nous pénétrons dans la forêt. Il faut faire attention à ne pas se perdre. Soudain, nous trouvons une roche volcanique énorme au milieu des bois. Elle est brulante et vient d’être ejectée… C’est ce qu’on appelle une bombe. On ne peut même pas la toucher tellement elle est chaude… L’adrenaline monte, et va me maintenir en état de surexcitation pendant toute la soirée.

Puis on arrive presque au bout de la forêt, le chemin continue sur une ancienne coulée de lave pétrifiée où les arbres n’ont pas eu le temps de repousser. Il faut descendre par cette pente raide. Sans tomber. Sans se faire mal. Car ici, il est hors de question d’appeler les secours. Si l’un d’entre nous se blesse, il faut alors construire la civière (avec deux batons de marche et un bout de toile prévu à cet effet!) et le porter nous-même!

Pause au bout de cette descente avant d’attaquer la montée des domes. Le paysage est apocalyptique.

Nous pénétrons maintenant dans un autre monde, une autre planète, un paysage lunaire irréel où tout est gris. Il y a pourtant encore de la végétation par ici, surprenante même, car les plantes ici ont des feuilles gigantesques! Grises aussi… recouvertes d’une épaisse couche de cendres. Mais nous ne sommes pas sur la Lune. Ici, il y a quelque chose de plus angoissant, terrifiant. Nous sentons les tremblements, puis les explosions. Nous sommes terrifiés et essayons de nous mettre à l’abris à chaque détonation. En vain… nous sommes soudain enveloppés d’un nuage de cendreS. On voit à peine à 10m. Je pense aux gaz toxiques et l’idée de mourir asphixiée me paralyse. Mais nous pouvons encore bien respirer. Nous avançons doucement puis arrivons en haut du 1e dome. Le brouillard de cendres ne facilite pas les choses pour qu’Austin, le seul à être déjà venu, retrouve le chemin une fois en haut. Que faire. Nous sommes perdus. Les explosions se ressentent sous nos pas, le sol tremble. Angoisse. Rebrousser chemin? Non, nous sommes tous d’accord pour continuer et tenter le coup.

Nous sommes finalement sur la bonne voie. Le bruit des éruptions est de plus en plus proche, mais il est impossible de voir quoique ce soit. Puis nous arrivons enfin à l’endroit où établir notre campement. Nous hésitons à monter les tentes ou à trouver refuge près des parois rocheuses, dans des sortes de grottes. Car nous constatons que les débris projetés par le volcan sont nombreux, certains sont retombés avec violence, on le remarque à l’impact sur le sol. Certains encore brulants.

Après un temps de reflexion et d’observation, nous décidons de monter les tentes. Nous sommes enveloppés dans le nuage. Repas et nous nous réfugions dans les tentes. Impossible de fermer l’oeil de la nuit. L’excitation est trop grande! Demain, nous nous rapprocherons encore plus du dome éruptif pour être juste en face et admirer cette montagne en furie.
Nous partons à l’aube. Nous laissons le campement, et nous nous mettons en route. La dernière montée est de taille, le terrain est instable, les graviers glissent et se dérobent sous nos pas. Puis nous arrivons, nous avons le cratère juste en face. Les explosions sont de taille, les cendres projetées montent haut dans le ciel au dessus de nous! Nous sommes à la fois terrifiés et emerveillés. Je ne pense pas à avoir peur. Je suis admirative devant un tel spectacle. Je ne reverrai surement jamais d’aussi près quelque chose d’aussi grandiose! La force de la nature. La beauté vivante de la Planète. La création. La puissance.

ASCENSION DU VOLCAN SANTA MARIA (3772m) UNE NUIT DE PLEINE LUNE

ASCENSION DU NYIRAGONGO, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO